Va vers Pharaon, car j’ai endurci son cœur
Eliahou BENADIBA (19 Janvier 2010)
Dans le ילקוט לקח טוב (Yalqout Leqah Tov), nos Sages (Rabbi Yohanan) nous racontent que les renégats ont trouvé l’ouverture d’une critique pour dire que Pharaon ne pouvait pas faire sa techouva, du fait que HaChem a transformé son cœur (et sa nature).
Dans la Parachath Bo, nous voyons que le fait d’avoir endurci le cœur de pharaon ne simplifie pas les choses; En effet, une ambigüité est de nature redondante, les renégats essaient de trouver une brèche et posent la question suivante: Pourquoi HaChem envoie-t-il Mosheh Rabeinou auprès de pharaon pour lui demander de libérer les Bnei-Israël?
Si c’est le cas d’une telle raison, comment imaginer la mécréance de pharaon et libérer les Bnei-Israël? Nous savions surement que la réponse serait négative; et c’est la question que Resh Laqish voulait éclaircir.
A ce sujet, le Rav Hassman dans son livre Or Yohel explique que, entre le cœur, la sagesse et le savoir, on trouve l’expression d’une source supplémentaire. En effet dans Qoheleth, la racine de cette source est tirée d’un verset dans le פרק א׳ ט״ז : « Je me suis parlé en mon cœur, et voici j’ai grandi et j’ai rajouté de mon savoir sur tout ce qui était face à moi pour Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup d’intelligence et de sagesse ». Ce verset nous parle d’une sensibilité de cœur: c’est la preuve d’un enseignement, qu’il existe des yeux qui se dirigent vers la voie de la matérialité, mais que l’homme doit avoir une vue plus noble et qu’il y a des yeux qui regardent vers le Ciel et la spiritualité: c’est le cœur et les reins.
Ceci ressemble à une parabole ou deux personnes apparemment différentes, l’une aveugle et l’autre clairvoyante avec un bandeau sur les yeux, qui ne peuvent regarder la lumière du soleil de face. Le résultat est le même pour les deux bien que l’un d’eux est clairvoyant, mais la différence est très grande par le fait que l’aveugle ne voit rien: celui-ci restera aveugle à tout jamais alors que le clairvoyant au bandeau face au soleil, peut retrouver la vue en le retirant des yeux instantanément.
De la même manière, les renégats revendiquent que le cœur de pharaon lui a été arraché à jamais, et c’est la raison pour laquelle il lui était impossible de faire techouva.
Resh Laqish dit que la bouche des renégats sera toujours fermée, qu’ils demandent et défendent leurs erreurs, parce que, en vérité, le cœur de Pharaon ne lui a pas été arraché: HaChem le lui a seulement verrouillé; Il lui a été retiré un instant, afin de lui donner l’occasion de comprendre intelligemment et avec sensibilité de cœur.
Cependant, à plusieurs reprises, lorsque Mosheh Rabeinou lui demandait de libérer les Bnei-Israël, il lui suffisait d’un simple geste de la main, d’enlever son bandeau des yeux afin de déverrouiller son cœur et de ressembler à tous les hommes. Mais cette mission lui était très difficile car son cœur était verrouillé à double tour.
C’est ce que vient expliquer le verset de la torah בא אל פרעה כי אני הכבדתי לבו, «va vers Pharaon, car j’ai endurci son cœur», ce qui veut dire qu’il avait à qui parler et qu’il possédait toujours un cœur et donc qu’il ne lui avait pas été enlevé. C’est la raison pour laquelle il envoie Mosheh Rabeinou encore une fois. Pharaon possédait une chance d'entendre à tout moment, ce qui vient expliquer qu’il pouvait voir d’un simple geste de la main et faire sa techouva comme tout le monde.
Dans la Guemara Shabbath, (ל״א): HaChem dit: «pas assez que les mécréants qui ne craignent pas et ne s’attristent pas de la mort», Rabba Bar Rav ‘Oula dit «ils sont à l’abri des coups qui mènent à la mort et leur force est intacte, et leur bouche se déclare satisfaite». La Guemara continue et nous explique que leur chemin les mène à la mort et qu’ils n’ont pas de sensibilité de cœur et qu’ils ne pourront jamais faire techouva.
Et cela, c’est l’exemple d’un cœur endurci comme celui de Pharaon. Dans cette situation là, Mosheh est allé le voir afin d’éveiller et d’ouvrir son cœur.
Dans la Guemara Qiddoushin, (ל), HaChem a dit au Bnei-Israël: «J’ai créé le mauvais penchant, et je lui ai créé le remède; si vous pratiquez ma Torah, vous ne tomberez pas dans les mains du mauvais penchant (yetser haRa‘)». Le Messilath Yesharim nous enseigne qu’il n’y a rien d’autre au monde que le remède de la Torah.
« בא אל פרעה כי אני הכבדתי לבו » Rabbi Yohanan dit à propos de ce verset de la Torah que les renégats peuvent se venter en prétendant que Pharaon ne pouvait revenir à la raison. Resh Laqish répond que les renégats se tairont et, pour preuve, que Pharaon à été prévenu une fois, deux fois jusqu’à la cinquième et qu'il n’a pas voulu écouter. Alors HaChem a verrouillé son cœur et lui à rajouté de l’impureté.
« בא אל פרעה כי אני הכבדתי לבו » Je conclurai sur ce verset en disant que oui, Pharaon avait véritablement un cœur, et que Mosheh Rabeinou avait à qui parler, mais le refus permanent de ce cœur mécréant montre bien que ce n’était rien d’autre qu’un cœur de pierre (bien qu’on aurait pu penser qu’il n’avait pas de cœur).