La générosité du cœur
Dr J. AMOYAL (17 Février 2010)
« וידבר ה' אל משה לאמור: דבר אל בני ישראל ויקחו-לי תרומה מאת כל-איש אשר ידבנו לבו ». [Chemoth / l'Exode 25:1 ] «L'Éternel a parlé à Moché en disant : Parle aux enfants d'Israël et qu'ils prennent pour moi un prélèvement de tout homme que son cœur le portera à donner ».
Après le long exil des Bené Israël en Égypte, après le déploiement de tant de miracles par HaQadoch Baroukh Hou (D.) pour les faire sortir de cet esclavage physique et moral, puis le don de la Thora, but ultime de cette libération, HaChem demande à son peuple par l'intermédiaire de Moché Rabénou d'apporter sa contribution pour l'édification du tabernacle, temple portatif du désert, lieu de résidence de la shekhina, la présence divine.
Mais tout dans ce monde ne Lui appartient-il pas ? Ainsi que le proclame le David haMélékh le roi divin, dans les psaumes : « לה' הארץ ומלואה (A l'Éternel est la terre et tout ce qu'elle renferme) », l'or, l'argent, le bois précieux, etc...
HaChem dans sa grande bonté a voulu nous instruire sur la valeur fondamentale de la gratitude et du don qui en découle.
Ici, dans le cadre du prélèvement pour le mishkan, le tabernacle, ce don en matériaux de toutes sortes a valeur pédagogique de la part de HaChem pour pouvoir Lui exprimer la reconnaissance pour tous les bienfaits dont ont bénéficié les Bené Israël lors de leur libération d'Égypte, créant ce faisant un "receveur" (HaChem) et permettant la relation qui engendre l'Amour : Israël a donné, HaChem a reçu la relation d'amour est créée entre un peuple et son D....
Aujourd'hui, ce n'est pas de l'or, mais une prière sincère et un attachement profond aux mitsvoth que nous donnons à HaChem, ou de la générosité et de la bonté envers nos frères, mais le principe reste le même.
Notons que cette idée se retrouve dans les mots du premier verset qui utilise l'expression terouma (prélèvement à Mon intention dit HaChem) et non simplement nedava (don volontaire) comme pour dire que par le don, l'homme s'élèvera (terouma vient de ram qui veut dire s'élever) et atteindra l'Amour divin exprimé par le Chema‘ Israël : « Tu aimeras HaChem ton D. de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens ».
Mais ce qui retient mon attention par dessus tout, c'est la mention du cœur dans le premier verset de Terouma (אשר ידבנו לבו) : donner, porté par son cœur.
Le cœur serait-il donc le moteur de nos actions les plus nobles ? Quelques références sont nécessaires pour étayer cette réflexion.
Le Shla haQadosh explique que le cœur situé au centre du corps humain irriguant et vivifiant tous les autres organes, correspond au Qodesh haQodashim – le Saint des Saints – du Temple, point central du Monde où réside la shekhina – la présence divine – qui maintient en vie tous les êtres vivants.
Le cœur est la source de toutes les middoth (qualités bonnes ou mauvaises) et doit toujours rester pur, d'où le verset : « לא תתורו אחרי-לבבכם ואחרי -עיניכם » qui prescrit à l'homme de ne pas être entraîné par les égarements de son cœur et de ses yeux. Le cœur, dans ce verset, devançant les yeux, leur commande en quelque sorte de regarder (ou non) et de convoiter et désirer comme le dit le Midrash : « הרשעים ברשות לבם אבל הצדיקים לבם ברשותם » – les impies sont sous l'emprise de leur cœur alors que les justes dominent leur cœur,
Le Maharal de Prague commentant les Pirqéi Avoth, les Maximes de nos Pères, qui situent le lév tov, le cœur noble, comme la plus importante des qualités, invite l'Homme à être un « Ba³al lev tov » – un être au cœur généreux – car c'est là la racine d'où proviennent les forces de l'âme et du corps. Quand le cœur dicte le bien, les actes suivent comme nous le démontre le Nefesh haHayim :
Il existe trois dimensions essentielles dans l'Homme :
- L'Action (ma³assé) qui correspond au Néfésh, partie physique de l'âme symbolisé par le Foie (Kaved) puisque entièrement constitué de sang qui représente la vitalité;
- La Parole (dibbour) qui correspond au Roua'h, l'esprit, partie de l'âme liée au cœur (Lév) ;
- La Pensée (maḥashava) qui correspond à la Neshama, l'âme spirituelle, en rapport avec le cerveau (Moaḥ).
L'Homme est Mélékh – roi (on retrouve les initiales de moaḥ-lév-kavéd), roi sur lui-même, lorsque ses actions sont dictées par le cœur en relation directe avec le cerveau. En revanche, si l'Homme est soumis à ses pulsions, à ses instincts, si son côté animal domine, alors il en devient méprisable (klam – kavéd-lév-moaḥ).
HaChem fait appel à notre cœur dans la paracha Terouma afin de nous laisser exprimer ce qui devrait être une constante chez l'Humain : comprendre et agir.
Comprendre les événements qui se déroulent devant nos yeux et les nécessités du moment avec une grande lucidité, et agir en tant qu'être responsables, conscients de notre devoir.
C'est l'enjeu du Peuple Juif.